Monsieur le Secrétaire Général Parlementaire,
Monsieur le Chargé de Mission Europe,
Monsieur le Président de la Région,
Monsieur le Maire de Saint-Vincent,
Chers collègues et chers amis,
Bienvenus à Saint-Vincent. Saint-Vincent est un de nos pôles touristiques parmi les plus importants qui, avec ses thermes, son casino et son ambiance paisible, est heureux de vous accueillir.
Chers collègues, le Conseil de la Vallée d'Aoste, que je préside, est honoré de vous accueillir aujourd'hui pour la XVIIe Régionale Europe de l'APF.
Je tiens à remercier les sections présentes.Merci d'avoir répondu de façon massive à notre appel. Jamais, de ma mémoire, on a assisté à une Régionale Europe caractérisée par une participation aussi importante.
Vous ne m'en voudrez pas, enfin, d'adresser un salut plus particulier à nos invités qui partageront, avec nous, les travaux de cette Assemblée. N'est-ce pas grâce à eux aussi que cette session réalisera son ambition première : celle d'organiser une manifestation véritablement européenne, concrète et ouverte à l'extérieur ?
Ainsi, permettez-moi de remercier M. Riccardo Nencini, Président de la Conférence des Assemblées Législatives Régionales Européennes (CALRE), et M. Jean-Michel de Waele, Professeur de science-politique à l'Université libre de Bruxelles.
Chers amis, nous vivons un moment politique particulier. Il m'est difficile de ne pas commencer par là.
Aujourd'hui, à cinq mois de l'élargissement de l'Union européenne et à deux jours de la signature de la nouvelle Constitution européenne, la question qui nous est posée concerne l'avenir de notre identité francophone, voire de notre particularisme dans la nouvelle Europe des 25.
Cette rencontre est une occasion pour aborder plusieurs thèmes concernant le rôle de la francophonie dans l'Union européenne, la place de la langue française dans les Régions et les cités et l'avenir des minorités linguistiques dans l'Europe élargie.
Nous allons débattre de l'identité francophone et de ses rapports avec les identités nationales, régionales et européennes.
L'Europe
Je tiens à préciser que nous nous sentons Européens. J'estime que cette nouvelle Europe peut et doit représenter un nouveau point de départ pour une société plus orientée vers les valeurs sociales et plus attentive à la richesse des ses nombreuses spécificités. Eh bien, c'est justement pour essayer de répondre à cette question essentielle que je voudrais faire quelques considérations.
Nous savons bien que les évolutions du monde sont rapides, trop souvent brutales, trop incertaines aussi. Elles obligent la Francophonie, non seulement à se remettre en cause en permanence, mais aussi à s'engager toujours davantage.
Voilà pourquoi la francophonie doit aujourd'hui s'ouvrir à l'Europe, notamment à la nouvelle Europe. Manquer cette occasion voudrait dire laisser cette opportunité aux partisans d'une Union européenne bureaucratique et centraliste.
L'action de l'APF
Dans un moment historique où, soit les Etats nationaux, soit l'Union européenne, sont en train de se redessiner, le dialogue et la recherche d'alliances transversales sont un devoir auquel on ne peut et on ne doit pas renoncer.
A mon avis la diplomatie de l'APF, cette diplomatie répandue, plus proche des peuples et qui implique aussi les sociétés civiles, est une activité fondamentale pour l'avenir de la francophonie.
Il s'agit d'un projet à long terme qui requiert une certaine constance dans le temps et qui se base, avant tout, sur des relations politiques et sur des liens d'amitié que nous essayons d'instaurer.
J'ai la conviction que l'identité francophone existe, qu'elle est forte et qu'elle se fonde sur des valeurs partagées.
La Vallée d'Aoste
La Communauté valdôtaine croit profondément aux valeurs de la francophonie, car cette double identité francophone et italienne tient à l'identité même de cette région de frontière et de son autonomie.
Ainsi, cette Régionale est pour nous, les Valdôtains, un moment exceptionnel pour réaffirmer notre existence en tant que Communauté francophone qui prétend d'avoir sa place dans un contexte européen. C'est pourquoi nous sommes heureux de vous avoir parmi nous, car la Vallée d'Aoste vit un moment particulier d'engagement et de succès à l'intérieur de l'APF.
La mondialisation
Tout comme les autres réalités qui sont représentées ici, la Vallée d'Aoste se trouve, aujourd'hui, face à un défi majeur : une mondialisation qui a entrepris une vaste redistribution des cartes.
Réalité inévitable, fruit des progrès technologiques qui font de la mobilité et de l'échange les moteurs de l'évolution du monde dans toutes ses composantes, la mondialisation est irréversible et accélère sans cesse son mouvement.
D'un côté, nous devons nous réjouir des avancées qu'elle favorise ; de l'autre, nous devons réagir contre les effets négatifs qu'elle produit et les grands enjeux qu'elle pourrait occulter, comme ceux de la diversité culturelle ou de la paix.
Ce qui est en cause, ce n'est pas uniquement le processus de mondialisation en tant que tel, mais ces formes abusives de libéralisation, financière et marchande. Ses dangers, au détriment de la diversité, sont connus : l'uniformisation des cultures et des langues, la manière de penser.
La Francophonie politique c'est précisément une façon de construire «l'autre mondialisation».
Au sein de notre espace francophone, des hommes et des femmes, des peuples et des Pays aux cultures, aux religions et aux conditions de vie diverses se parlent de plus en plus et cherchent continuellement à construire ce dialogue des civilisations.
Ceci afin de trouver des solutions à leurs problèmes, d'intégrer positivement leurs économies, de préserver leurs personnalités et leurs cultures pour progresser dans un développement équilibré. C'est cela le pari d'une autre mondialisation que la Francophonie se doit de relever.
Sans ressources humaines, le développement durable est impossible. De plus, l'éducation et la formation des populations sont indispensables. L'éducation est au cœur du développement durable. Sans développement, il ne peut y avoir de démocratie, de respect des droits de l'Homme, de paix, de bonne gestion.
La Francophonie
Nous ne parlons pas d'une vieille dame malade. La francophonie dont je vous parle est une idée novatrice, porteuse d'espoir. La langue française est notre trésor commun et la colonne vertébrale de notre action.
La Francophonie est utile. La mondialisation a besoin de la Francophonie. Les chefs d'Etat et de Gouvernement en ont pris acte au Sommet de Beyrouth en 2002. Ils lui ont donné un mandat : se construire en tant que pôle organisé dans la mondialisation multipolaire, pôle de diversité, de solidarité et de dialogue, c'est-à-dire pôle de promotion d'un développement durable.
Néanmoins, force est de constater que le français recule très fortement, en Europe surtout. Cette situation est largement la conséquence de la puissance des Etats-Unis et de l'impact d'une langue américano-anglaise plus utilitariste commercialement que riche culturellement. Mais pas seulement. Elle est un projet collectif. Elle mobilise contre les tendances à l'uniformisation du monde et refuse «un ordre international», dominé par un seul type de civilisation et une seule langue.
Pour porter haut et loin ses ambitions et ses valeurs, la Francophonie a besoin que sa langue soit un outil efficace, qu'elle suscite le désir d'être apprise et pratiquée et qu'elle joue, dans notre monde multipolaire, un rôle de pont, de véritable « échangeur » avec les autres grandes langues et les langues nationales.
Si je place la diversité culturelle au premier rang des priorités, c'est parce qu'il est évident qu'il n'y a pas d'autre approche constructive et dynamique qui puisse répondre aux menaces contre nos langues, nos cultures, nos identités..
Comment imaginer un tel développement sans encourager et soutenir l'épanouissement des cultures et des langues?
Conclusion
En conclusion, je pense que la sauvegarde et la promotion de nos particularismes sont désormais étroitement liées au destin de l'Union européenne, et notamment aux changements suite à la croissance économique et culturelle des nouveaux Pays.
Ce ne sera pas à travers une identité francophone musée, sous vitrine, que l'on pourra viser cette cible. Au contraire, il est convenable de concevoir notre particularisme de manière plus dynamique, à l'instar d'un moteur de développement économique et social.
Pour la Vallée d'Aoste cela signifie, avant tout, promouvoir la langue française. Le fait d'être une région bilingue est une preuve concrète de la volonté de conserver dans le temps notre identité, notre histoire. Ceci démontre combien la langue française est maintenant enracinée dans notre Communauté. Elle constitue un atout culturel de grande envergure et, en tant que telle, elle doit être sauvegardée.
Il s'agit-là de l'une de nos prérogatives et nous voulons la défendre. En concret, la valorisation de la langue française est pour nous un combat quotidien mené notamment vis-à-vis de l'Etat italien qui, trop souvent, est sourd à nos requêtes, aspirations que nous considérons légitimes pour une Communauté qui veut continuer à exister.
Voilà l'engagement que nous avons pris, notamment à l‘égard des jeunes générations. Ce défi est lancé, entre autres, au niveau du système scolaire, qui joue un rôle fondamental pour l'empreinte que nous voulons donner au développement de la Vallée d'Aoste et de la Communauté valdôtaine tout entière.
Merci.
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