XVII ème Assemblée Régionale Europe – Saint-Vincent (Vallée d'Aoste), du 26 au 30 octobre 2004 – Allocutions

Allocution de M. Carlo Perrin, président de la Région autonome Vallée d'Aoste

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général de l'APF,

Monsieur le Chargé de mission Europe,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Permettez-moi avant tout de vous souhaiter, en mon nom personnel et au nom du Gouvernement de la Vallée d'Aoste, une chaleureuse bienvenue dans notre région.

La Vallée d'Aoste est honorée d'accueillir la XVIIème Assemblée régionale Europe: je désire exprimer nos plus vifs remerciements à l'Assemblée parlementaire de la francophonie pour avoir choisi le Pays d'Aoste comme siège de ses travaux et adresser ma gratitude envers le Conseil de la Vallée, et notamment à son Président Ego Perron, pour avoir su lancer et accepter ce défi avec la conviction qu'il le caractérise dans son travail pour la cause francophone.

Nous avons la joie de vous accueillir dans la plus petite des régions italiennes, la seule où le français soit langue officielle aux côtés de l'italien.

La francophonie valdôtaine plonge ses racines dans la position géographique frontalière et les événements politiques de notre région, qui l'ont alimentée au fil des siècles. Notre collectivité a toujours joué un rôle de charnière entre les différentes civilisations placées au delà et en deça des Alpes.

Le français tient droit de cité en Vallée d'Aoste depuis 1561, date à laquelle il a été déclaré langue officielle, ce qui fait de cette région européenne alpine la plus ancienne région francophone.

Ce n'est que trois cents ans après, avec l'unité d'Italie, que l'italien, la langue officielle du nouvel Etat, commença à faire sentir son poids vis-à-vis du français et du francoprovençal, la langue autochtone.

Les différentes attaques centralisatrices et le totalitarisme fasciste, qui pendant vingt années a mené une politique liberticide et totalement hostile à la langue française, n'ont pas eu raison de l'identité linguistique des Valdôtains.

L'acharnement des Valdôtains dans la défense de leur particularisme linguistique et culturel vient de la profonde conviction que chaque peuple, chaque individu a le droit d'exister et d'exprimer le patrimoine qu'il lui a été légué par ses ancêtres.

Forts de nos traditions et ouverts vers le monde, nous vous accueillons en sachant que votre présence ici représente aussi le témoignage concret de notre appartenance sincère et adhérée à l'aire linguistique et culturelle francophone.

Si, en effet, une langue rend l'univers cohérent et permet à chaque communauté de se rapporter avec le monde extérieur, nous pouvons dire que la langue française a été la clef de voûte de notre ouverture vers le monde extérieur. Notre regard, un regard de communauté montagnarde, n'a jamais été limité par l'altitude de nos montagnes et notre histoire a été aussi l'histoire de nos communications avec les peuples et les civilisations voisines.

Notre appartenance à la Francophonie est aussi un engagement vis-à-vis des valeurs et des idéaux qui sont à la base de cette communauté internationale : les valeurs de la démocratie et des droits de l'homme, de la diversité culturelle et du dialogue des cultures. Pour nous  la Francophonie est d'abord un idéal humaniste, une communauté de partage entre différents peuples, différentes traditions, différentes religions, différentes langues maternelles qui se réunissent autour de la langue française. Le français, dans toutes ses expressions et ses différences, véhicule ainsi ce que Léopold Sédar Senghor appelait la « civilisation de l'universel ».

Nous sommes au lendemain de l'élargissement de l'Union européenne, cet événement historique qui a mis fin à des siècles de divisions et permettra de créer une Europe plus forte, plus démocratique et plus stable et dont l'influence économique, politique, intellectuelle est considérable pour le monde entier. La perspective de son élargissement ultérieur est un projet de reconstruction dont la réussite aura des conséquences marquantes sur les équilibres internationaux.

Nous sommes à un tournant de l'histoire.

Vous, les parlementaires, qui êtes les premiers interprètes de la souveraineté du peuple, vous qui veillez, par la dialectique démocratique, au respect de la liberté et des droits de l'homme, vous êtes les mieux placés pour favoriser le développement d'une communauté internationale basée sur le respect, la solidarité et la coopération.

Votre présence ici, les élus des Pays et des Régions européennes, pour débattre des thèmes qui concernent directement l'Europe, est la preuve que par le dialogue et la diplomatie parlementaire l'Europe n'est pas seulement un projet, c'est une réalité.

Je me réjouis d'autant plus que les thèmes de discussion ne concernent pas seulement les impacts de l'élargissement de l'Union européenne et le rôle de la Francophonie. Vous mettez sur la planche des sujets qui nous touchent au cœur : l'avenir des minorités linguistiques et la contribution des régions dans la construction d'une Europe unie et diverse.

Ensemble, nous saurons mieux ouvrir de nouveaux horizons à la Francophonie et aux valeurs dont elle est porteuse.

Lors de ma première législature au Conseil de la Vallée, j'ai participé aux travaux de l'Assemblée parlementaire de la francophonie par le biais de la section valdôtaine. Aujourd'hui je me bats pour la cause francophone sur le front des gouvernements.

Au sein du Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement francophones, la Vallée d'Aoste n'est pas – tout comme elle l'est au sein de l'APF – membre de droit. Notre statut d'invité spécial au Sommet nous permet d'y participer avec un rôle d'observation, bien qu'il s'agisse d'une reconnaissance institutionnelle importante. Toutefois, nous réclamons depuis plusieurs années un changement dans les statuts des participants. Aujourd'hui, plus de 50 pays sont présents alors que, pour certains, la pratique du français y est minime, et qu'en même temps des communautés francophones historiques, non étatiques, sont oubliées. Tout en restant dans les limites du droit international, nous voulons faire évoluer cette situation : l'Italie pourrait alors être représentée au Sommet de la francophonie par le biais de la Vallée d'Aoste. Permettez-moi de citer l'exemple européen de la Communauté française de Belgique ou celui canadien du Québec.

De vastes ambitions pour une petite région comme la nôtre, mais je peux vous dire qu'en tant que Valdôtains nous nous sentons porteurs de ce message de « dialogue des cultures » et de coexistence démocratique.

Ce dialogue n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Il ne fera que nous enrichir réciproquement, tout en restant ferme dans nos identités et nos traditions.

J'espère que les montagnes les plus hautes d'Europe, qui vous accueillent pour vos travaux, sauront vous ouvrir de nouveaux horizons et de nouvelles perspectives dans vos discussions et vos débats parlementaires.

Merci de votre attention et je vous souhaite un bon séjour dans notre Pays d'Aoste.