XVIII ème Assemblée Régionale Europe – Monaco du 19 au 23 octobre 2005

Allocution de M. Freddy Deghilage, Chargé de mission Europe

L'histoire présente parfois cette curieuse particularité de nous faire revivre certains événements aux dépens de notre propre volonté.

Ainsi, l'an dernier, à l'invitation de mon ami Ego Perron, nous nous retrouvions, beaucoup d'entre nous s'en souviennent, dans cette charmante ville de Saint-Vincent et plus particulièrement en son hôtel Casino niché au cœur de la Vallée d'Aoste avec, pour mission, de débattre de la politique des Balkans et de l'avenir des minorités dans l'Europe élargie.

Aujourd'hui, d'aucuns comprendront l'allusion mais n'y voyez pas malice, c'est le destin – un destin quelque peu assisté certes – qui a mis la Principauté de Monaco sur le chemin de cette 18ème session de l'Assemblée Régionale Europe de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, Principauté connue entre autre pour son célébrissime … casino.

Mes amis valdotains ne me reprocheront certainement pas d'avoir donné un léger coup de main au hasard puisqu'il donne l'occasion à la plupart d'entre nous d'accomplir leur rêve en rejoignant cette destination de légende : la Principauté de Monaco.

Il est peu de dire que l'accueil est une tradition en Principauté de Monaco – des citoyens de plus de 125 nationalités différentes l'ont d'ailleurs bien compris - et votre fascination non feinte devant la féerie de ces lieux me rassure, si besoin en était, quant au choix que nous avons opéré.

Je vous le concède volontiers, en homme politique assez terre à terre que je suis, je n'ai pas dans les yeux la magie somptueuse ni dans mes mots l'enthousiasme éloquent d'un Stéphane Bern - l'honnêteté intellectuelle m'incombe par ailleurs de reconnaître que je n'ai pas non plus sa taille, disons, … svelte - mais comme lui, je peux souligner le destin exemplaire de ce territoire qui a sur les hommes un pouvoir d'attraction tout rehaussé du charme romantique de la Méditerranée, carrefour éternel des rêves et des idées.

Les Monégasques peuvent, sans conteste, se prévaloir d'un défi d'exception, celui d'avoir réussi à accroître leur territoire de plus de 23% de sa superficie d'origine, sans manœuvre belliqueuse, sans pillage, sans le sang versé d'un hypothétique ennemi.

Non…au contraire ! Contre la puissance des éléments, dans la paix des esprits et des cœurs, animés d'une volonté farouche, ils ont conquis une part d'océan avec force, courage et ingéniosité.

Le quartier de Fontvieille ainsi que la digue au port Hercule témoignent auprès de l'univers tout entier qu'avec détermination, il est possible, non de soulever les montagnes, mais de repousser la mer et l'océan.

Autre signe qui ne trompe pas, amis monégasques, votre principauté offre plus d'emplois qu'elle ne compte d'habitants. Quel pays ne rêverait-il pas d'une telle situation socio-économique !

Bercés très tôt dans le monde latin, puis roman, les péripéties de l'histoire vous rapprocheront petit à petit du monde francophone, monde francophone auquel, depuis 1970, vous manifestez fièrement votre appartenance.

Permettez-moi, dès lors et encore, de vous remercier pour votre chaleureux accueil.

C'est sous le thème de la jeunesse que je vais, sans plus attendre, aborder les travaux de notre Assemblée.

En effet, au mois de juillet de cette année, Bruxelles accueillait la 3ème session du Parlement francophone des Jeunes et, dès la fin des travaux, ces jeunes, enthousiastes, remettaient, sous la forme d'un livre blanc, leur contribution à la réalisation des principaux objectifs du cadre stratégique décennal.

Dois-je vous dire que j'ai été fortement impressionné par l'extraordinaire maturité dont ils ont fait preuve dans leurs réflexions.

Outre le remarquable outil pédagogique qu'il représente, le Parlement francophone des Jeunes a, j'en suis de plus en plus convaincu, pris une dimension nouvelle, créatrice d'idées-phare, force motrice de notre action.

Leur volonté, la volonté de nos plus jeunes, de construire un monde meilleur ne peut, en aucun cas, rester lettre morte. C'est la raison pour laquelle la section belge de l'A.P.F. a pris l'initiative de faire réaliser une émission télévisée que je vous invite à visualiser demain matin et que je vous propose de diffuser dans chacun de vos pays.

Diffuser des images d'une expérience multiculturelle vécue par des jeunes francophones serait, me semble-t-il, agir dans le bon sens, celui qui consiste à faire savoir aux populations à quoi sert la francophonie. La Francophonie, cet imaginaire inventé par Léopold Sédar Senghor dont nous fêterons l'année du centenaire de sa naissance en 2006 et voulu par les mouvements associatifs, cette Francophonie, le temps est venu de la concrétiser !

Renforçons notre communauté afin qu'elle puisse faire face aux défis de l'avenir qui sont ceux de la mondialisation.

En la matière, je soulignerais le rôle historique et précurseur des organisations et des associations dans la diffusion et la promotion de la Francophonie. Elles ont clairement servi de lieu d'expérimentation de la coopération entre les peuples de langue française. Leurs contributions auront été essentielles pour stimuler la mise en place de nos organismes intergouvernementaux. Pendant plus de vingt ans, et jusqu'à la naissance en mars 1970 de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), le dessein francophone fut principalement incarné par les associations.

Au-delà des objectifs propres à chacune d'entre elles, ces associations contribuent indiscutablement à la consolidation de notre communauté. Elles sont, pour une large part, comptables de son développement, de sa vigueur et de son rayonnement. Lieux d'information et de sensibilisation, elles sont un instrument capital de diffusion et de promotion, dans de larges secteurs de l'opinion, de nos aspirations et de nos accomplissements. Elles sont un facteur primordial de la participation des citoyens au développement et à la coopération, tant dans le cadre local, national que sur le plan international.

La Francophonie est bien présente dans l'esprit et le cœur de beaucoup, elle mérite donc d'être révélée aux yeux de tous.

Cette mobilisation est indispensable pour que les peuples la connaissent et la soutiennent, pour que de nouvelles formes de militantisme se créent et induisent un sentiment d'appartenance toujours plus fort. Ainsi, il est évident que les débats sur les questions de portée européenne et mondiale ne peuvent plus avoir de sens sans la participation des représentants de la société civile.

Les associations ne peuvent jouer un rôle dans la promotion de notre projet politique que si les organes institutionnels prennent conscience de ce potentiel et leur accordent une attention particulière. L'urgence est évidente. Les possibilités offertes à la Francophonie d'être désirée s'éloigneront si on hésite et tarde à la bâtir.

Mais la Francophonie l'a déjà bien compris puisqu'elle a su innover en confiant à des opérateurs, au Réseau associatif des établissements d'enseignement supérieur et de recherche, l'ensemble des programmes de coopération universitaire :

à l'Association internationale des Maires francophones : la coopération entre les villes et les métropoles

à TV5 : la diffusion de programmes télévisuels d'information, d'éducation et de loisirs 

à l'Université Senghor d'Alexandrie : la formation et le perfectionnement des cadres et des formateurs

et enfin à l'Agence intergouvernementale : la programmation dans tous les secteurs de la coopération.

Par ce thème de travail, la Francophonie européenne préfigure ainsi le mode d'implication de demain, celui des réseaux de la société civile, des organisations et associations, au service des peuples et de la promotion de nos valeurs.

Notre second thème de travail est consacré, lui, aux stratégies de communication de l'A.P.F.

La Francophonie doit de plus en plus occuper l'espace médiatique et, avec elle, notre institution, vigile de la démocratie, l'Assemblée parlementaire de la Francophonie. Comme l'exhorte Michel Guillou, la force de la Francophonie reposera d'abord sur sa capacité à transmettre une image et un discours modernes et à atteindre le plus grand nombre sur tous les continents.

Nous ne pouvons donc faire fi de l'extraordinaire potentiel que constitue TV5 dans cette perspective.

Innovation majeure concrétisant à merveille l'esprit de la Francophonie, incontournable quant à son étendue géographique, TV5 est indubitablement LE vecteur de l'espace francophone de la communication nécessairement appelé à être consolidé.

Le monde francophone doit être informé et doit être à même de présenter sa vision du monde.

En tant que lieu privilégié de tous les échanges et relais de tous les courants d'opinion, TV5 doit ainsi naturellement s'inviter dans le quotidien des spectateurs en les divertissant, en les instruisant, en les informant, en couvrant de multiples domaines allant de l'éducatif et du scientifique au culturel et au sportif tout en passant par le musical.

Il s'agit dans les faits de toute une politique de communication à investir.

Médiatiser une organisation internationale, adopter une stratégie de marketing et de publicité ne font malheureusement pas partie des us et coutumes francophones. Et pourtant, si nous voulons que notre action puisse se répercuter dans le monde entier, il est grand temps de combler nos lacunes en la matière.

Mettre la Francophonie en avant de la scène n'enlèvera rien à son rêve et ses valeurs.

Au contraire, utilisons ces armes pour conforter son projet politique ! Défendons l'idée de communication comme outil de développement car c'est dans l'échange et de l'échange que naît le développement !

En terme de stratégies de communication, la réflexion que nous souhaitons mener n'est pas en soi propre à notre Assemblée parlementaire ; elle se manifeste au contraire dans l'ensemble des parlements. Et, si la question de visibilité du travail parlementaire est pendante, elle l'est assurément encore plus pour une assemblée consultative, comme la nôtre.

Nous savons que l'idée de susciter l'intérêt du grand public pour la francophonie au travers d'événements culturels à dimension internationale est de toute évidence une piste de réflexion que nous nous devons de creuser.

Ne serait-il pas intéressant dès lors de faire un inventaire des événements francophones sujets à davantage de médiatisation ? Nous ne manquons pas en effet d'événements originaux susceptibles d'attirer l'attention du grand public.

Un simple détour par le site Internet 20mars.francophonie.org nous convaincra à suffisance de la multitude d'initiatives, toutes plus originales les unes que les autres.

Nous avons des atouts. Ne les ignorons pas !

Nous voici arrivés, dans notre histoire, à l'un des ces premiers carrefours où le choix de la destination que nous allons prendre sera conséquent pour les années à venir et où tout retour en arrière s'avèrerait extrêmement dommageable.

Nous ne pouvons dès lors rater le train de la modernité.

Ma conclusion s'inspirera du lieu où nous sommes réunis, le Grimaldi Forum. Pourquoi ne pas suivre l'élan que nous suggère cette remarquable construction pour oser changer de dimension.

Réunissons-nous et réussissons, ensemble, à faire de la Francophonie une puissance d'influence, en multipliant les indicateurs forts d'appartenance à la Francophonie et en renforçant de la sorte le sentiment même d'appartenance à cette communauté respectueuse de la culture et de la langue de chaque peuple.

Je vous remercie et je vous souhaite de bons travaux.