XVI ème Assemblée Régionale Europe - Delémont, du 5 au 7 novembre 2003 – M. Gérard Schaller

Allocution de M. Gérard Schaller, président  du Gouvernement de la République et Canton du Jura – séance d'ouverture

Albert Camus a dit un jour : «Ma patrie, c'est la langue française». J'en déduis que la République et Canton du Jura, née il y a 25 ans de l'affirmation de sa culture francophone, est en quelque sorte aussi un peu votre patrie, Mesdames et Messieurs les Parlementaires de langue française, et que vous ne devriez donc éprouver aucune peine à vous sentir ici chez vous. 

Au nom du Gouvernement jurassien, je vous salue très cordialement, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, chers amis de la Francophonie. C'est pour moi un plaisir et un grand honneur de vous accueillir à Delémont, capitale de la République et Canton du Jura. Soyez assurés que vous êtes les bienvenus en terre jurassienne. 

Le canton du Jura est une partie de la Suisse naturellement tournée vers l'extérieur et qui se situe au carrefour des cultures européennes, à la fois proche de la France et de l'Allemagne. Un petit coin de pays qui compte environ 70'000 habitants et qu'un poète de passage a qualifié un jour d'excitant et de régénérant. Ces deux adjectifs contribueront, je l'espère, à créer pour vos assises une ambiance à la fois propice à la réflexion et à l'émulation, mais aussi à la convivialité et à la détente. 

Votre association défend une cause noble et chère à notre jeune Etat. La langue française constitue en effet l'un des fondements de la culture et de l'identité jurassienne, comme cela transparaît d'ailleurs à l'article 3 de notre Constitution qui, dans le chapitre consacré à la souveraineté, érige le français en langue nationale et officielle de la République et Canton du Jura. La défense du français fut l'un des ferments de la lutte pour l'indépendance de notre peuple et nous avons toujours voulu jouer un rôle actif en faveur de l'affirmation, en Suisse, de la solidarité francophone. Le professeur jurassien Auguste Viatte, décédé en 1993 et qui fut l'un des animateurs du Centre d'études littéraires francophones de Paris, disait du Jura que «sa position géographique et son rôle de charnière le prédestinent à un rayonnement beaucoup plus important que ne le supposerait le chiffre de sa population». 

Nous partageons donc sans réserve votre dessein de préserver à la langue française la place qui lui revient légitimement dans le monde, de favoriser les échanges entre les peuples qui parlent français et de défendre le patrimoine intellectuel et culturel qui nous unit. Car nous le savons bien, ce ne sont pas seulement les mots qui diffèrent d'une langue à l'autre. Ce sont aussi les idées qu'ils traduisent, les façons de penser qu'ils génèrent. Une langue, c'est une conception de l'homme et du monde et nous mesurons quotidiennement à quel point nous devons le meilleur de nous-mêmes à la culture française. 

Malheureusement, cette culture n'a plus, dans le monde, le rayonnement qui fut le sien par le passé. L'anglais envahit notre espace de communication et s'impose comme référence notamment dans le monde cybernétique. Peut-être pourrions-nous nous consoler en pensant que si l'anglais est universellement employé, c'est comme le disait Oscar Wilde, parce que «cette langue est si imprécise que tout le monde peut l'utiliser sans forcément la comprendre».  

Il n'en demeure pas moins que la perte d'influence du français nous interpelle. Car le maintien d'une langue française forte sur le plan international, vivante, adaptée aux technologies les plus modernes, est essentiel pour assurer un certain pluralisme de pensée dans le monde. Cela n'ira pas sans l'engagement important de la France, évidemment, mais aussi de tous les peuples qui forment la Francophonie. Le Gouvernement jurassien, avec d'autres, est convaincu que toutes les actions dans ce sens, fussent-elles modestes, doivent être encouragées. Il est heureux de pouvoir compter sur des organismes aussi dynamiques que l'Assemblée parlementaire de la Francophonie. En son nom, je tiens à vous rendre un hommage reconnaissant et à vous féliciter pour votre contribution en faveur du rapprochement des peuples de langue française 

Il me reste à vous souhaiter de fructueux débats et un séjour agréable dans le Jura. Je forme le vœu que ces quelques jours vous laissent un lumineux souvenir de notre région et vous donnent envie d'y revenir à d'autres occasions.