Tout l'honneur est pour moi, Monsieur le Vice-président. Je suis très touchée d'être pour la seconde fois devant votre haute Assemblée et je sais que mon Président, Serge ADDA, s'est exprimé également devant vous à Niamey. Je considère que vous êtes vraiment le « fan club » de TV5 puisque vous ne manquez jamais de nous soutenir et de nous inviter à vos côtés.
Je vous avais en conséquence réservé un scoop – comme on dit dans les salles de rédaction – mais je crains que vous ne soyez déjà au courant : la Francophonie est plus que jamais une valeur d'avenir ! La Francophonie a le vent en poupe et plus particulièrement depuis le 11 septembre et, après le conflit qui est intervenu en Irak. C'est ce que nous constatons chaque jour sur le terrain, et je devrais plutôt dire sur le marché de l'audiovisuel mondial, terrain très exigeant , s'il en est !
Entre les risques de repli frileux sur des particularismes archaïques et la dilution de la diversité culturelle qu'entraîne souvent la mondialisation, il semble que la Francophonie constitue un laboratoire expérimental qui passionne nos téléspectateurs citoyens de par le monde. Peut-être est-ce parce qu'elle regroupe le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest, l'Orient et l'Occident, les riches et les pauvres et que, en dépit de ces différences, elle parle d'une seule voix, à travers une langue et des valeurs communes. En tout cas, TV5, a la chance d'être portée par ces valeurs et cette voix francophone et tente à sa façon de défendre le combat qui est celui de la Francophonie, le combat en faveur de la diversité culturelle.
Comment fait-on quand on est une chaîne de télévision pour faire exister la diversité culturelle à l'échelle mondiale ? Et bien, on incarne d'abord ce concept à travers l'information, qui est l'un des vecteurs décisifs de défense de la diversité. Et c'est dans ce domaine que TV5 a réalisé son avancée la plus fondamentale au cours des deux dernières années. Aujourd'hui TV5 fournit six heures d'informations quotidiennes, avec une particularité que je peux résumer de la sorte : CNN International exprime un seul point de vue dans une seule langue ; Euronews exprime un point de vue dans plusieurs langues, alors que TV5, dans une seule langue mais avec tous ses accents, essaie d'exprimer tous les points de vue. C'est en tout cas la ligne éditoriale que nous avons suivie pendant le conflit irakien au cours duquel TV5 a reçu un accueil dans le monde qui a dépassé toutes nos attentes . En effet, pour la première fois, une douzaine de télévisions (asiatiques, latino-américaines) nous ont demandé l'autorisation de reprendre les journaux propres de la rédaction de TV5 pour contrebalancer le point de vue monolithique de certaines chaînes anglophones et elles les ont sous-titrés ou doublés dans leur langue. Nos taux d'audience ont littéralement explosé : parfois 100 % d'augmentation d'audience dans certains pays au cours de ce conflit. Faire des performances à l'occasion d'un conflit pourrait avoir quelque chose de choquant mais c'était surtout le signe qu'il existe une réelle et forte attente, dans le monde, pour une vision alternative des événements. La refonte de l'information a donc été, un premier axe très important de développement de TV5 depuis la dernière fois que nous nous sommes vus en Hongrie.
Le second axe pour lequel TV5 a essayé d'opérer une révolution tranquille, c'est celui de ses programmes hors info. Vous savez sans doute que si la Francophonie n'existait pas, il n'y aurait probablement pas d'autre cinéma existant à l'échelle mondiale que le cinéma américain. C'est grâce aux aides de la Francophonie et au premier rang desquelles, les aides françaises, qu'existent des films, dans des pays du sud notamment mais pas seulement dans des pays du sud, également dans des pays d'Asie, d'Amérique latine ou des pays d'Europe centrale et orientale. Que ces films existent, c'est formidable mais c'est encore plus formidable qu'ils soient vus. TV5 met donc un point d'honneur à diffuser les cinématographies du monde francophone et notamment celles du sud. Frédéric Mitterrand – vous avez peut-être vu dans le document que je vous avais fait distribuer qu'il est notre directeur général délégué aux programmes depuis le mois de septembre - est un grand spécialiste des cinématographies du Monde. Il a créé une case spéciale qui s'appelle «Caméra sans visa» pour permettre cette ouverture dont nous sommes très fiers.
Nous essayons aussi, à l'heure où la télé-réalité fait rage dans tous nos pays, d'offrir d'autres types de programmes. Nous préférons les documentaires à ce type d'émissions et nous les exposons beaucoup à l'antenne notamment à l'occasion d'événements historiques (nous avons célébré, durant l'année qui vient de s'écouler, par exemple, le Traité de l'Elysée) mais également pour les commémorations. Tout à l'heure, Madame, vous récitiez une chanson de Jacques Brel ; nous avons bien sûr rendu hommage à Jacques Brel cette année mais aussi à Edith Piaf, à Jean Cocteau, à Simenon, à l'ensemble de ceux qui font la culture francophone.
Et puis, à côté de cette place faite aux documentaires, nous essayons aussi d'ouvrir le monde à nos téléspectateurs. D'abord, dans sa dimension de solidarité parce que nous estimons qu'une télévision a un rôle à jouer dans ce domaine et que la lutte contre le sida, la solidarité par rapport aux pays pauvres, cela nous concerne. Nous sommes donc partenaire d'ONUSIDA et nous signerons en janvier à New York une convention de partenariat avec l'ONU.
Mais l'ouverture sur le monde, c'est aussi la découverte. On parlait tout à l'heure de tourisme et on ne peut d'ailleurs qu'adhérer à l'ensemble des objectifs de l'APF, dans ce domaine. Notre émission «24 heures à …» nous permet, pendant un week-end, de découvrir un « bout » d'ailleurs, une capitale qui devient, pendant vingt-quatre heures, le centre du monde. Je voudrais citer, à cet égard, un nouvel auteur; on a parlé ce matin d'Albert Camus, on a parlé d'Oscar Wilde et je voudrais ajouter à la liste, Blaise Pascal; ce philosophe français nous a offert notre signature télévisuelle. Nous avons revisité l'une de ses pensées : «Le centre du monde est partout», sur TV5. Tout le monde mérite notre intérêt et notre respect. Le centre du monde est partout, c'est la ligne éditoriale même de nos programmes y compris en matière d'informations.
Tout ceci nous a permis de marquer des points et c'est à ce propos que je disais tout à l'heure que la Francophonie a le vent en poupe. Bien sûr, notre information est formidable, nos programmes sont formidables (!) mais cela ne suffit pas à expliquer la croissance exponentielle des contrats signés par TV5 au cours des deux dernières années. Nous avons augmenté notre pénétration dans le monde de plus de 20 % et je dois démentir votre vice-président : nous ne sommes pas le troisième réseau mondial de télévision, nous sommes passés aujourd'hui devant CNN – CNN international je précise puisque CNN est diffusé aux Etats-Unis et si on tient compte du marché national, cela change la donne. Mais si on se situe sur le plan international, TV5 compte à présent 146 millions de foyers raccordés dans plus de 165 pays 24/24 heures, 7 jours sur 7 et constitue le second réseau mondial.
Je suis très précise sur les chiffres parce que je sais que, parfois, ils ne sont pas pris au sérieux et en particulier en France, pays qui finance 85 % des contributions publiques de TV5.
Nous sommes vraiment le deuxième réseau mondial et je reconnais qu'il est étonnant que ce soit un réseau de langue française. Qui l'eut cru il y a vingt ans quand TV5 a été créée !
Mais le réseau, ce n'est que la possibilité de voir TV5. Ce qui compte encore plus, c'est de connaître ceux qui regardent TV5. J'ai d'ailleurs des chiffres d'audience pour chacun de vos pays, à vous indiquer. Le record absolu, je dois le dire, n'est pas représenté ici, c'est l'Algérie où nous comptons deux millions de téléspectateurs chaque jour. Mais globalement dans le monde et compte tenu des mesures d'audiences précises faites par des instituts indépendants, le nombre de nos téléspectateurs se situe entre 15 et 20 millions par jour. En matière télévisuelle, je vous assure que c'est énorme ! C'est pourquoi je répète que la Francophonie a le vent en poupe.
Je vous cite les derniers développements qui se sont faits majoritairement en terres anglophones, ce qui est un joli paradoxe pour une chaîne francophone.
D'abord aux Etats-Unis où, pour la première fois, une chaîne de langue française fait une percée notable. Nous avons eu les félicitations du Groupe Time Warner à New York parce que nous sommes la chaîne étrangère qui connaît la plus forte progression à Manhattan où nous avons d'ailleurs, grâce à l'OIF, pu rentrer à l'ONU. Nous y sommes diffusés au même titre que CNN depuis juillet dernier. Je tiens d'ailleurs à remercier, à travers vous, les institutions de la Francophonie qui nous ont vraiment beaucoup soutenus dans cette entrée à l'ONU, très symbolique dans la période actuelle.
Nous avons également signé avec la Grande-Bretagne. Nous sommes dans le réseau « Basic Family » de BskyB. Il y a ainsi une chaîne francophone accessible à tous les téléspectateurs de Grande-Bretagne, qui est le pays où le français constitue la principale langue étrangère d'apprentissage.
Nous allons signer dans quelques jours avec l'Afrique du sud, pour monter sur le bouquet national sud-africain. Nous serons également dans le «Basic», c'est-à-dire accessibles au plus grand nombre.
Nous avons signé avec le Japon grâce, je dois le dire, aux sénateurs français qui nous ont donné un petit coup de pouce financier pour nous permettre d'accéder au marché japonais l'année dernière et, grâce aux sponsors, nous arrivons maintenant à autofinancer cette présence et nous avons élargi nos plages de diffusion sur le Japon.
Au Mexique, notre pénétration restait très faible par rapport à l'Amérique latine. Nous sommes diffusés dans huit millions de foyers, dans cette zone. Nous allons signer, au Mexique, un accord sur une nouvelle plate-forme.
Et puis je ne citerai pas l'Italie, la Thaïlande, l'ensemble des pays d'Europe centrale où nous connaissons de très importants progrès et même la Flandre où nous commençons à être diffusés.
Une originalité à mentionner dans les derniers accords : le Premier Ministre Thaïlandais a tenu à recevoir le Président, Serge Adda, pour finaliser avec lui une reprise de nos journaux sur la chaîne nationale thaï parce qu'il trouve notre information d'une très grande objectivité. C'est peut-être parce qu'elle est le fruit des rédactions du Canada, de la Communauté française de Belgique, de la Suisse romande, de la France et que l'objectivité ne peut résulter que du pluralisme des points de vue. Voilà pour ce qui est de la distribution de TV5 dans le monde.
Je voudrais ajouter un mot sur les hôtels puisque le thème du tourisme est à votre ordre du jour. Nous sommes présents dans 3,5 millions de chambres d'hôtels dans le monde. Les voyageurs francophones constituent, juste après les anglophones, la plus grande population qui voyage. Nous avons des accords avec neuf compagnies aériennes, pratiquement toutes anglophones je dois le dire. Pas d'accord avec Air France, ni d'ailleurs d'accord global avec le groupe Accord en matière hôtelière mais en revanche avec Starwood, le groupe hôtelier américain et avec United Airlines, cela marche très bien.
Le public des voyageurs regarde beaucoup TV5. Nous avons, sur notre site internet, constitué une base spécifique «Voyageurs» avec toutes les informations sur les pays. Nous serions tout à fait intéressés si, de votre réunion, sortent des idées que nous pouvons relayer et si de votre côté, vous devenez les « ambassadeurs » de TV5 pour exiger sa présence dans tous les hôtels où vous êtes amenés à séjourner.
Malgré toutes ces avançées, tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ce serait trop simple. Il reste des enjeux. On a bien sûr toujours un souci financier quand on veut relever de nouveaux défis. Notre budget est de 84 millions d'euros et sur ces 84 millions d'euros, il y en a 7 qui sont des ressources commerciales, le reste étant financé par nos cinq bailleurs de fonds que je cite puisqu'ils font l'effort de nous financer : la France (85 % des financements publics, comme je le disais), le Canada et le Québec, la Communauté française de Belgique et la Suisse romande. Aujourd'hui, ces gouvernements bailleurs de fonds connaissent des contraintes budgétaires fortes et ne peuvent pas augmenter nos subventions. Nous nous battons donc sur le marché publicitaire où nous rencontrons quelques succès mais il est vrai que le marché mondial de la publicité n'existe pas et que c'est difficile.
Le second défi que nous devons relever et qui nous permettra de mieux récolter les recettes commerciales, c'est le sous-titrage. Je crois que c'est aussi un thème qui est très important dans cette assemblée, le plurilinguisme. Nos téléspectateurs ne sont pas majoritairement des francophones de langue maternelle ou même de langue d'usage. C'est aussi une des surprises que nous font découvrir les études d'audience : 52 % en moyenne de nos téléspectateurs n'ont pas du tout le français pour langue d'usage. Ce sont des francophiles, c'est-à-dire des amoureux de la Francophonie qui pratiquent un français imparfait et donc, pour ceux-là, nous sous-titrons nos programmes. Nous sous-titrons évidemment en français puisque cela aide les gens qui parlent peu le français à nous suivre et cela aide beaucoup les professeurs de français, qui sont des partenaires tout à fait privilégiés de TV5 et qui travaillent quotidiennement avec nous. Nous avons d'ailleurs une méthode «apprendre et enseigner avec TV5». Mais le sous-titrage aide aussi ceux qui ne sont pas du tout francophones lorsqu'on sous-titre dans sept autres langues, comme nous le faisons : allemand, néerlandais, suédois, arabe, anglais, portugais et espagnol. Et nous avons besoin de renforcer ces sous-titrages pour permettre à plus de francophiles d'accéder à nos programmes. Nous souhaiterions avoir également du russe et du mandarin et enfin, nous souhaiterions pouvoir sous-titrer l'information. Quand on est peu francophone, on ne comprend pas l'information en français. On peut suivre un film, on peut suivre un match de rugby ou un match de football mais on a du mal à suivre un journal télévisé en français courant.
Je voulais encore vous dire que TV5 aura vingt ans en avril 2004. J'espère que ceux d'entre vous qui seront à Paris aux alentours d'avril 2004 nous le feront savoir parce que nous avons l'intention de faire une vraie fête pour célébrer nos vingt ans, l'âge de la maturité !
Enfin, je voudrais vous dire que nous partageons avec vous la plupart de vos objectifs, que nous sommes heureux d'être à vos côtés pour les relayer et que nous serons toujours présents, chaque fois que vous voudrez bien de nous à vos assemblées. Merci. (Applaudissements.)
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