Madame la Présidente,
Monsieur le Président,
Messieurs les Vice-Présidents,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs,
Mon intervention devant vous, aujourd'hui, se veut être un soutien à l'importance du rôle joué par votre Assemblée parlementaire au sein de la Francophonie. A ce titre, je me félicite du rôle croissant qui doit être joué par les institutions parlementaires dans le processus démocratique que doivent poursuivre les pays membres de la Francophonie ainsi que du rôle d'organe consultatif joué par votre Assemblée.
Je précise, à ce propos, qu'il est important que nous agissions tous aux niveaux qui sont les nôtres afin de renforcer la Francophonie internationale et l'ensemble des valeurs qu'elle promeut.
Depuis le Sommet de la Francophonie à Hanoi, en 1997, l'Assemblée parlementaire a, notamment, comme objectif de soutenir les principes de démocratie, d'Etat de droit, de solidarité et de dialogue entre les peuples. Tout ceci, bien entendu, au départ d'un élément commun : le partage d'une langue.
En ce qui concerne ces différents éléments essentiels, qui nous tiennent particulièrement à cœur dans la conjoncture internationale troublée que nous connaissons, permettez-moi de vous les présenter dans la foulée du Sommet de la Francophonie à Beyrouth, le premier organisé dans un pays arabe.
D'emblée, il importe de souligner le choix du thème de ce Sommet : le dialogue des cultures. Ce thème contient un message fort quant à l'aspiration de notre Organisation et de ses membres à la paix, tant à l'intérieur de nos frontières qu'à l'extérieur de celles-ci, et au dialogue interculturel.
Qu'il me soit permis de réaffirmer ici qu'à un moment où, partout dans le monde, l'intolérance et l'extrémisme tentent d'opposer les peuples, il s'agissait surtout de promouvoir les notions d'ouverture, de dialogue, de tolérance et de respect.
J'ai eu l'honneur de représenter la Communauté française de Belgique à Beyrouth et d'y défendre la conception d'une Francophonie active et respectée, aussi bien dans ses initiatives politiques que dans ses actions de coopération.
La Charte de l'Organisation internationale de la Francophonie est parfaitement claire ; elle soutient les objectifs suivants :
· aider à l'instauration et au développement de la démocratie, à la prévention des conflits et au soutien à l'Etat de droit et aux Droits de l'Homme ;
· intensifier le dialogue des cultures et des civilisations ;
· rapprocher les peuples par leur connaissance mutuelle ;
· renforcer la solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de favoriser l'essor du développement durable.
En ce qui concerne les deux premiers objectifs, je me réfère à la Déclaration de Bamako relative aux questions de démocratie, des droits et libertés fondamentales ainsi qu'à la Déclaration de Cotonou pour ce qui regarde le champ culturel et linguistique.
A cet égard, je me réjouis que le Sommet ne soit pas revenu sur les acquis du Symposium de Bamako et que les réserves exprimées par certains Etats n'ont pas fait obstacle au consensus de toutes les autres délégations.
Nous avons donc entériné au Liban le principe que la Francophonie et les concepts de démocratie et de développement sont indissociables. C'est, du reste, à l'unanimité que les Ministres ont approuvé, à la Conférence ministérielle de Paris, le 11 janvier 2002, la programmation des opérateurs pour la période 2002-2003, en ce compris toutes les actions directement dérivées de Bamako.
A Beyrouth, nous avons exprimé notre détermination à mettre en œuvre cette Déclaration, qui constitue une avancée dans l'histoire de notre organisation, et avons adopté le Programme d'action issu de celle-ci.
Je considère, comme beaucoup, que le Symposium de Bamako a été un réel succès et un moment fort d'affirmation politique. L'adoption de la Déclaration par le Sommet a permis d'insister une fois de plus sur le fait qu'il s'agit moins de « juger » les manquements de certains de nos partenaires que de les aider et de les accompagner vers l'exigence de « plus » de démocratie, « plus » de libertés et « plus » d'Etat de droit.
Cet engagement démocratique, qui doit être permanent, suscite bien évidemment la question du contenu de la vocation politique de notre Organisation. Tout le monde s'accorde, en effet, pour renforcer cette dimension politique de la Francophonie, mais, il est certain qu'au-delà de notre refus de créer une sorte d'ONU-bis, la Francophonie a un rôle primordial à jouer en étant sélective dans ses priorités d'action, et parmi celles-ci, la défense de la diversité culturelle mérite toute notre attention.
Toutefois, il convient de souligner que cette évolution progressive vers un rôle plus politique ne saurait signifier un éloignement des réalités concrètes ni avoir pour effet de réduire les moyens disponibles pour la coopération multilatérale.
En ce qui concerne la solidarité par la coopération, je confirme, à nouveau, l'engagement, en plein accord avec le Gouvernement fédéral de la Belgique, que l'ensemble des entités fédérées de mon pays, atteindront d'ici 2010 l'objectif de consacrer à la coopération, 0,7% du PIB.
J'ai pu introduire, à Beyrouth, cette partie des travaux consacrés à la coopération multilatérale et j'y ai insisté sur la complémentarité qui doit exister entre les actions politiques de la Francophonie et ses projets concrets en matière de coopération, en mettant en garde, dans un cas comme dans l'autre, contre les risques de dispersion.
J'ai pu rappeler mon attachement à l'éducation comme principe de développement et celle-ci doit être une priorité de notre Organisation.
Je me réjouis, par ailleurs, de ce que le Sommet a approuvé une série de recommandations destinées à doter la Francophonie d'une vision plus stratégique :
· confirmation de la programmation 2002-2003 de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie axée notamment sur la promotion de la paix, des Droits de l'Homme, de la promotion du français, de l'éducation de base et de la coopération économique et sociale au service du développement durable ;
· intensification des concertations avec les organisations internationales et régionales et développement d'une expertise susceptible de faciliter la mobilisation des financements des institutions internationales ;
· définition de la programmation de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie basée sur un rythme quadriennal et non plus biennal. Le Sommet se prononcera également sur un cadre stratégique décennal. Nous sommes persuadés que l'efficacité passe par une approche qui conjugue l'exigence d'une action plus stratégique et un souci d'impact concret : appui multilatéral à la conception de politique, échanges d'expériences, etc.
· organisation d'un Symposium sur le cofinancement du développement.
Dans son premier discours, le nouveau Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, Monsieur Abdou DIOUF, a, d'ailleurs, indiqué qu'il souhaite assurer la pérennité des programmes de coopération multilatérale.
Par ailleurs, j'ai également rappelé l'attachement de la Communauté française de Belgique à TV5 comme télévision multilatérale francophone et je le redirai le 5 décembre prochain, à Paris, lors de la Conférence ministérielle qui doit confirmer l'envergure du projet porté par TV5.
S'agissant du troisième objectif que je viens de citer, à savoir, « aider au rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle », le Sommet de Beyrouth aura permis de confirmer notre adhésion au principe de la diversité culturelle réitérée au Sommet de Moncton et consacrée par la Déclaration de Cotonou. Nous marquons notre attachement à la richesse des identités culturelles plurielles qui composent l'espace francophone et notre volonté de la préserver, sans repli sur soi ni agressivité à l'égard d'autres langues ou cultures.
La déclaration de Beyrouth, dans ce domaine de la diversité culturelle, constitue un pas d'autant plus important que les négociations du cycle de Doha sont entrées dans une phase capitale.
En effet, vous n'ignorez pas que les différents pays membres doivent, en vue de l'échéance de mars 2003, formuler leurs offres d'engagements en réponse aux requêtes des pays tiers.
A Beyrouth, les Chefs d'Etat et de Gouvernement se sont engagés, je cite, à « s'abstenir de tout engagement de libéralisation à l'OMC en matière de biens et services culturels, et ce afin de ne pas compromettre l'efficacité des instruments visant à la promotion et au soutien de la diversité culturelle. »
A l'heure présente, cet engagement est sans doute la meilleure réponse à adopter avant la mise en œuvre d'un instrument juridique international contraignant sur la diversité culturelle, qui garantira aux pays du Nord et du Sud que leurs biens et services culturels soient libres de toutes entraves, de toutes restrictions dans ces échanges vitaux pour la diversité culturelle, donc pour notre propre survie culturelle et celle de nos artistes et créateurs.
J'ai toujours souhaité que la Communauté française de Belgique, qui joue un rôle moteur en la matière et dans tous les forums où il en est question, au sein de la Francophonie, pionnière de la défense de la diversité culturelle, conserve un rôle majeur dans l'élaboration et la mise en œuvre de cet instrument et il en sera question à la Conférence ministérielle de Lausanne, les 12 et 13 décembre prochains.
C'est d'ailleurs à l'initiative de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, qu'un atelier sur la diversité culturelle a été organisé au début de ce mois à Bucarest à l'occasion de la Conférence préparatoire du Sommet de l'UIT sur la société de l'Information.
Je ne peux que vous encourager, à la veille d'échéances aussi décisives, à participer au travail fondamental qui consiste à assurer le respect des engagements pris par les Chefs d'Etat et de Gouvernement des pays et régions que vous représentez et à mettre en place rapidement cet instrument juridique international indispensable.
Par ailleurs, à travers la promotion du cinéma européen et la problématique de l'avenir de la langue française dans les institutions européennes, les travaux de vos commissions que j'espère fructueux, aborderont en réalité deux facettes de ce thème crucial pour la culture dans un environnement mondialisé.
Je ne m'étendrai pas longtemps sur le premier, puisqu'il fera l'objet, cet après-midi, d'une communication du Ministre de l'Audiovisuel de mon Gouvernement, Monsieur Richard MILLER.
Par contre, je souhaite vous dire que la défense du français au sein des institutions européennes doit être une autre de nos priorités, parfaitement complémentaire à celle de la défense et de la promotion de la diversité culturelle.
Il y a maintenant quelque 10 mois, je signais en marge de la Conférence ministérielle de la Francophonie, le 11 janvier 2002, avec mes collègues français, luxembourgeois et en collaboration avec l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, un Plan pluriannuel d'action en faveur du français dans les institutions européennes.
Ce Plan était né de deux constats:
· celui d'un réel déclin du français dans le fonctionnement de l'Union européenne et des importantes conséquences économiques et sociales de ce déclin pour la Francophonie ;
· celui de la nécessité de réorganiser l'offre de formation des interprètes français- langue des pays candidats, et, à l'inverse, de créer de nouvelles formations d'interprétariat dans nos écoles, pour que le français continue à jouer un rôle de langue pivot.
Ces discussions ont abouti à la négociation d'un plan d'action avec les partenaires français et luxembourgeois.
Son objectif, partant du constat des initiatives prises par les trois pays depuis 1999, est d'amplifier et de mettre en cohérence les actions entreprises par les partenaires francophones de l'Union européenne en faveur du renforcement du français comme langue de travail dans la perspective de l'adhésion des pays candidats. Il comporte quatre volets :
1. Formation en français de hauts fonctionnaires des pays candidats à l'adhésion chargés de la mise en œuvre de l'acquis communautaire, et de fonctionnaires de l'Union européenne.
2. Formation d'interprètes francophones des pays candidats et formation aux langues de ces pays des interprètes de langue française des institutions européennes, en liaison avec le Service commun d'interprétariat et de conférence de l'Union européenne.
3. Formation de traducteurs
4. Développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication pour favoriser l'usage du français comme langue de travail des institutions européennes.
De nombreux projets destinés à promouvoir le français au sein de l'Union européenne ont dès lors été mis en place, dans le cadre de notre action de coopération avec les pays candidats à l'Union européenne. Je prendrai, comme exemple, la Roumanie, puisque la dernière Commission mixte permanente chargée de la mise en œuvre de notre Accord de coopération avec ce pays, vient de se tenir à Bucarest, plus précisément, les 21 et 22 octobre 2002.
· Ainsi, dans le cadre du Plan pluriannuel d'action en faveur du français dans les institutions européennes,
- la Communauté française et la Région wallonne accueilleront, dès l'année prochaine, des hauts fonctionnaires roumains aux stages d'information sur les trois capitales de l'Union européenne ;
- afin de permettre aux interprètes roumains d'accéder au Service commun d'interprétariat et de conférence de l'Union européenne, et d'assurer le développement de la place du français et du roumain dans les institutions européennes, la Communauté française soutiendra la participation d'interprètes roumains à des séminaires intensifs de « retour vers le français » en 2003.
Bien entendu, d'autres actions en faveur du de la défense du français sont menées par la Communauté française, dans le cadre de ses relations bilatérales avec les pays candidats à l'Union européenne. En effet, dans la perspective de l'élargissement, les pays candidats sont devenus des pays prioritaires pour la Communauté française, qui renforce ses liens avec ces pays en signant des accords de coopération qui servent de cadre au lancement d'actions culturelles, éducatives et de recherche. Je citerai, en exemple, l'Accord de coopération que j'ai signé avec la Lituanie, le 2 octobre dernier, et qui représente le 9ème Accord de coopération signé avec les pays candidats.
Concrètement, donc, des lecteurs qui aident ces pays à mieux diffuser la langue et la culture francophone sont mis à disposition des universités, des expositions conjointes sont organisées ici et là pour mieux faire connaître nos différentes cultures, des stagiaires en muséologie sont accueillis dans les musées de la Communauté de la Communauté française de Belgique, des stagiaires des Ecoles nationales d'Administration et du Collège d'Europe de Natolin seront prochainement accueillis, au sein de mon Cabinet et de mon Administration, et, enfin, des Délégations de la Communauté française et de la Région wallonne ont été ouvertes cette année en Pologne et en Roumanie.
Enfin, puisque nous sommes dans un forum européen, je souhaite vous faire part brièvement de mon inquiétude quant à l'avenir de la politique culturelle européenne.
Les travaux de la Convention, présidée par Monsieur Valéry GISCARD d'ESTAING, avancent aujourd'hui à grands pas.
Parmi les propositions des membres de la Convention en question, figure en bonne place, dans le projet de traité constitutionnel, l'inscription de la Charte des droits fondamentaux. Reprise dans une Constitution européenne, cette Charte incarnerait l'expression fondamentale de valeurs que nous partageons, et qui nous offriraient des repères que les citoyens européens réclament avec d'autant plus de vigueur qu'ils sont interpellés par l'actuelle mondialisation.
Néanmoins, la Charte ne sera un véritable acquis que si son inscription dans le traité s'accompagne de politiques qui renforcent et mettent en œuvre la communauté de valeurs qu'évoque le préambule de la Charte.
Comme Ministre-Président du Gouvernement de la Communauté française de Belgique, je suis convaincu par la valeur ajoutée que représente, en soi, une action culturelle européenne d'envergure.
J'en veux pour preuve le succès indéniable rencontré par l'initiative que j'avais proposée aux Ministres de la Culture européens réunis en Conseil le 5 novembre de l'année dernière : réfléchir au dialogue interculturel mondial au lendemain des événements terribles du 11 septembre.
Il s'agissait précisément de ne pas faire le travail des Ministres des Affaires étrangères ou de la Défense, mais celui, original, des Ministres de la Culture. On y a donc parlé du rôle des valeurs européennes et, particulièrement, du rôle de la culture dans la prévention des conflits et le respect de l'autre.
On a ainsi constaté, que si, à l'évidence, les échanges culturels ne résoudront jamais un conflit, ils peuvent être un outil de dialogue entre civilisations, dès lors que l'Europe accueille des populations venues des quatre coins de la planète.
Et l'on a ainsi parlé de réduction des inégalités culturelles, de libre circulation culturelle, de la transversalité culturelle et bien entendu, de diversité culturelle.
Je pense que l'Europe a insuffisamment mis en valeur les aspects culturels de sa construction. Il serait dommage qu'elle persévère dans son erreur.
En effet, dans le débat sur la répartition des compétences au sein de l'Union européenne, la culture, comme c'est le cas pour l'éducation est l'un des domaines d'action de l'Union européenne qui risque d'être affaibli à l'occasion de la prochaine Conférence intergouvernementale. Parce que ces matières sont considérées comme des prérogatives avant tout nationales, certains, aujourd'hui, souhaiteraient même voir procéder à une rétrocession des compétences dites aujourd'hui complémentaires, et ce, vers les Etats membres.
J'y vois, évidemment, un grand danger pour le projet européen.
En écartant la culture de la construction européenne, ou en croyant qu'elle est tout à fait secondaire, on fait fi de l'une des composantes essentielles qui a permis bien des avancées dans l'intégration européenne et devrait aider à celle qui s'annonce.
Je vous remercie.
Réalisé par la Cellule Internet du Parlement
Coordination de la Cellule internet: cellule-internet@pcf.be
Copyright 2012 © Site officiel du Parlement de la Communauté française
L’infrastructure de ce site est entièrement composée de logiciels libres
Editeur responsable: DaubieC@pcf.be