XV ème Assemblée Régionale Europe Bruxelles, les 18 et 19 novembre 2002 - M. Philippe Charlier

Allocution de M. Philippe Charlier, Président de la section de la Communauté française de Belgique, Vice-Président du Parlement de la Communauté française Wallonie-Bruxelles - séance d'ouverture

C'est avec beaucoup de plaisir qu'au nom de la section de la Communauté française de Belgique je vous accueille pour cette XVième Assemblée Régionale Europe de l'APF.

Ce plaisir est d'autant plus grand que c'est la première fois que Bruxelles a l'honneur d'accueillir cette réunion qui a lieu, mais est-ce un hasard, dans un contexte particulier. Au sein de notre régionale d'abord, puisque ce sera lors de cette Assemblée qu'un de ses piliers, à savoir notre ami Jean-François VANDEWALLE, cessera ses fonctions de Secrétaire après tant d'années mises au service de la francophonie en général et de la francophonie européenne en particulier. Nous aurons l'occasion d'y revenir avant la fin de nos travaux. 

Le contexte est aussi celui de Bruxelles, capitale de notre Communauté, mais aussi de la Belgique et bien entendu de l'Europe, ce qui lui donne non seulement une dimension importante, mais aussi une place prépondérante dans l'espace francophone car faut-il le rappeler, Bruxelles est et restera une grande capitale francophone, ce qui est plus qu'un symbole pour les instances européennes, c'est une affirmation pour la francophonie vivante au sein de l'Europe à 15 aujourd'hui, à 25 ou 30 demain. 

C'est donc dans ce haut lieu de la francophonie que nous avons l'honneur de vous recevoir et nous espérons que vos travaux seront fructueux et que votre séjour sera agréable.

Je sais que cette régionale, comme les autres réunions de la francophonie, sont des moments d'amitié, une amitié qui se découvre pour les plus nouveaux, qui se réaffirme pour les plus anciens mais qui, toujours, reste bien vivante au sein de cet espace francophone et qui en fait d'ailleurs un de ses ciments les plus importants. C'est aussi par cette amitié que je vous accueille ici aujourd'hui. 

Ici comme ailleurs, la francophonie est à l'ère de l'informatique et les nouvelles technologies de l'information et de la communication sont une réalité incontournable. C'est pourquoi je me permettrai de vous présenter demain le site Internet de l'Assemblée Parlementaire de la Francophonie, Région Europe. 

Nous sommes en effet assez fiers de ce site, car il s'agit d'un outil moderne, contenant une masse d'informations qui permet un contact direct avec le travail parlementaire. Le citoyen devient ainsi un acteur privilégié de la démocratie et plus seulement un observateur passif. 

Cela nous semble important, car nous visons ainsi une plus grande démocratisation, mais aussi une plus grande transparence de l'institution parlementaire. Cela permet une plus grande proximité entre le Parlement et les citoyens, ce qui ne peut que valoriser le travail parlementaire. 

Les nouvelles technologies de l'information et de la communication empruntent de nouveaux canaux qui ouvrent des perspectives plus larges et nous savons que la francophonie a très vite compris les enjeux de ces nouvelles technologies numériques. L'APF s'est rapidement penchée sur les autoroutes de l'information qui ouvrent la possibilité d'envisager une alternative à notre manière de faire de la politique.

Si bien qu'au premier rang des acteurs qui s'engagent dans cette brèche, on vous retrouve, vous, hommes et femmes politiques, qui mettez à profit les potentialités d'Internet dans un objectif qui peut être purement électoraliste ou objectivement tourné vers une plus grande transparence et une amélioration du dialogue avec les citoyens.  

Tout ceci pour vous dire que nous sommes persuadés, ici, au sein du Parlement de la Communauté française de Belgique, qu'Internet est un outil qui contribue à davantage de citoyenneté et de démocratie. Cet outil permet d'ouvrir de nouvelles formes d'interactivité à la participation des citoyens à la vie politique mais il crée aussi de nouvelles attentes du public auxquelles nous devons répondre. C'est pourquoi nous devons rester vigilants quant à l'utilisation et l'exploitation de cette technique. Les progrès réalisés dans le secteur de ce que l'on appelle les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication ne doivent pas nous rendre aveugles des effets pervers qu'ils peuvent entraîner. 

Ainsi, nous qui sommes locataires et défenseurs de la langue française, nous devons être attentifs à la nouvelle technologie lexicale développée par Internet. N'hésitons pas un instant à encourager notre langue française à s'épanouir et à évoluer aussi sur Internet. Face à l'anglicisation de cet outil, nous devons oser les beaux mots de courriel, toile, salon de bavardage ou encore clavardage qui désigne le bavardage en ligne à partir du clavier. Ces mots qu'affectionnent particulièrement nos amis québécois, montrent que la richesse de notre langue peut trouver dans ce nouveau mode de communication un nouvel espace de développement. 

Ayons aussi à l'esprit qu'au cœur du débat socio-technologique la question de la « fracture numérique » ou de la « faille digitale » reste souvent évoquée. Certains préfèrent parler de « fossé numérique » avec la préoccupation de voir se combler ce fossé. S'il est vrai que des inégalités devant ces technologies se creusent, les appréhender ne se révèle pas chose aisée, mais la fracture est aujourd'hui encore davantage potentielle que réelle, si bien qu'il n'est donc pas trop tard pour agir ! 

Ce défi est aussi une préoccupation du monde francophone qui, dans ses spécificités, entend éviter une marchandisation à outrance pour mettre en avant la personne dans toutes ses composantes, et parmi celles-ci nous mettons l'égalité économique et l'égalité sociale. 

Hier, ne pas disposer d'une poste de télévision entraînait pour certains une forme d'exclusion sociale, aujourd'hui, l'absence d'adresse électronique devient stigmatisante. Pour être acteur de la société, il faut avoir accès à la toile, communiquer via sa messagerie électronique ou son téléphone portable, être un adepte du clavier de l'ordinateur et il est certain que l'évolution de tels choix, qui favorisent le fonctionnement du marché, ne sera pas source de réduction de cette fracture technologique. C'est là un enjeu pour les pouvoirs publics qui doivent favoriser la diffusion des nouvelles technologies dans le corps social afin que toutes les catégories de personnes puissent s'en approprier. C'est un enjeu important auquel nous, francophones, sommes confrontés et pour relever ce défi, il faut qu'une volonté commune nous réunisse, afin que notre démarche visant à étendre à l'ensemble de l'espace francophone les possibilités ouvertes par les nouvelles technologies, soit réellement efficace. 

En novembre 2003, lors du Sommet mondial sur la société de l'information qui se tiendra à Genève, le rapport consacré au site Internet des assemblées parlementaires francophones et à l'usage fait par les Parlements des nouvelles technologies de l'information et de la communication sera présenté. Puisse ce rapport nous faire avancer dans ce domaine, de plus en plus important pour notre avenir ! 

Dans cette brève intervention, vous aurez compris que je souhaite, au-delà des mots de bienvenue, entraîner vos réflexions, bases de vos actions, sur le chemin de la bonne utilisation des moyens technologiques dont nous disposons aujourd'hui.

Chaque outil est bon ou mauvais suivant l'utilisation que les usagers en font. Sachons donc mettre ces nouvelles technologies au service d'une francophonie plus forte, plus juste, plus épanouie dans l'intérêt de toutes celles et de tous ceux qui vivent cet espace.  

Je vous remercie pour votre attention.